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Les aventures de Kéké au Grand Duché !

Par JF • 15 nov, 2013 • Catégorie: Revue de Presse

(Source : Le Quotidien du Luxembourg du 14/11/2013)

Bertrand Kétchanké :  » Monsieur Ferreira , c’est Guy Roux ! »

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Formé à Auxerre, Bertrand Ketchanke débarque à l’US Esch. À 33 ans, le défenseur prépare sa reconversion.

De notre journaliste
Charles Michel

La planète football, Bertrand Ketchanke en a sillonné une bonne partie. Le Grand-Duché est son nouveau point de chute. Rencontre avec un garçon qui affirme ne pas aimer se mettre en avant.

Il y a une dizaine de jours, un courrier arrive dans la boîte aux lettres. À l’intérieur se mêlent coupures de presse et une lettre manuscrite. Dans celle-ci, on apprend que Bertrand Ketchanke vient de rejoindre l’US Esch. Plus bas, son numéro de téléphone. Un coup de fil et rendez-vous est pris pour mardi soir, au stade de l’US Esch, son nouveau club. Plus tard, il affirmera sans sourciller ne pas trop aimer parler de lui…

Longiligne, sa démarche est celle d’un homme tranquille. Malgré le retard, il ne se presse pas. Salue chacun d’une poignée de main ferme et d’un regard franc. Des «Bertrand! Bertrand!» s’échappent du synthétique (UEFA II) sur lequel une vingtaine de gamins s’entraînent. L’un d’eux quitte la séance pour venir le saluer. Bertrand Ketchanke, en charge de ces jeunes depuis plus d’un mois, est assez fier : «C’est en partie ce que je veux transmettre à ces enfants. Ces enfants de la deuxième chance…» Trop jeunes pour avoir eu le temps de déflorer leur casier judiciaire, ils ont «pour beaucoup connu des expériences les ayant dégoûtés du foot». «Quand tu es entraîneur, tu dois savoir parler à un enfant, tu dois avoir un minimum de pédagogie…»

Natif de Douala (Cameroun), passé par Paris où il joua avec les minimes du PSG «grâce à Patrick MBoma, un ami de la famille», Bertrand «Keke» Ketchanke est passé par le centre de formation de l’AJ Auxerre avant de se lancer – bon gré mal gré – dans un road movie de Rennes à Durban (Afrique du Sud) en passant par Scarborough (Angleterre), Dunfermline (Écosse), Drumahoe (Irlande du Nord), Florence (Italie) ou encore Bleid (Belgique) et la Mauritanie, dont il porta le maillot de la sélection nationale lors des qualifications pour le Mondial-2006.


Jambon, NRJ

et machine à laver…

Aujourd’hui, il vit à Messancy. N’a plus de licence depuis que Bleid, club qu’il a rejoint à la demande de son pote Lionel Charbonnier, a déposé le bilan. Libre de s’engager où il le désire, «Kéké» a pris le temps de la refléxion. «Mon ami Michel Leflochmoan (NDLR : entraîneur du FCD03) m’a dit qu’il y avait des choses à faire au Luxembourg», déclare-t-il tout en confiant avoir sillonné le pays durant un an : «J’ai quasiment fait tous les clubs de DN et de PH et j’ai vu de tout. Vraiment de tout! Alors j’ai décidé de venir ici, je ne pouvais pas trouvé mieux.»

À Esch donc. Non pas à la Jeunesse. Ni au Fola. Mais à l’Union sportive, club présidé par Pedro Ferreira qu’il n’hésite pas à comparer à un personnage illustre du football français. «Monsieur Ferreira, c’est Guy Roux! Franchement, c’est un personnage. Il est tous les jours au club, il aime ses joueurs et d’ailleurs, s’il était là, il aurait déjà sorti le jambon!» Petite précision, Pedro Ferreira, c’est le patron des boucheries Ferreira. Alors, chaque vendredi soir, il sort sa plus belle lame…

À l’US Esch, on aime visiblement mettre les petits plats dans les grands. Et pas qu’en cuisine. Pour preuve, «Kéké» nous conduit aux remises jouxtant les vestiaires. De la première se dégage une forte odeur de lessive. Dans la seconde, aux côtés des machines de fitness, les étagères regorgent de survêtements, chaussettes, shorts tout propres. «Pour l’entraînement, je ne prends que mes crampons, le reste se trouve ici. Et à chaque fois, tout est nickel. Je prends mon petit panier et hop, direction le vestiaire. Il y a même des claquettes pour la douche!» Un service presque en inadéquation avec le niveau d’un club ayant failli mettre la clé sous le paillasson et qui ne décolle pas de la D1 dont il occupe actuellement la sixième place. Trop de confort tue l’effort? «Disons que lorsque j’ai dit à Romain (Ollé-Nicolle) comment c’était chez nous, il ne voulait pas me croire…»

Bertrand Ketchanke parle donc de «chez nous» car à l’US Esch, depuis son arrivée cet été, il semble avoir été adopté. «Quand ils me voient à l’entraînement, ils me disent tous que je suis jeune. S’il compte amener très prochainement son expérience dans la défense eschoise, le gaillard de 33 ans songe à sa reconversion. Dans le football? Pas forcément. «Par le passé, j’avais bossé pour NRJ. Et puis, j’ai une formation dans la com’, alors ça me plairait de faire de la télé ou de la radio. Le foot, j’en ai fait un peu le tour…» Et l’US Esch dans tout ça? «L’objectif du club est de monter. On va tout faire pour. Après on verra…»

Et ce projet avec les jeunes de l’US Esch sur lequel il reste pour le moins évasif? «Au Luxembourg, dès qu’on fait quelque chose avec les jeunes, on parle d’académie. Or, des académies, il n’y en a pas au Luxembourg.» Une piste? Peut-être puisque «Kéké», fin novembre, se rendra au Creps de Reims pour passer le CFF4 (certificat fédéral de football 4e degré)…

Pierre Mosca : «Je suis un peu son père spirituel»

Ex-entraîneur entre autres du Montpellier de Laurent Blanc, l’actuel directeur sportif d’Arles-Avignon connaît bien «Kéké».

Par quel biais connaissez-vous Bertrand Ketchanke?

Pierre Mosca : C’était à l’époque où il quittait je crois le centre de formation d’Auxerre. On m’avait demandé s’il était possible de lui trouver un club. Je ne suis pas du tout partisan du favoritisme et j’essaie de trouver des clubs qui correspondent toujours à la valeur du joueur. D’ailleurs, une autre fois, je l’avais conseillé à un ami qui est un ancien joueur de l’Inter Milan. Il m’avait écouté et c’est comme ça que Bertrand s’est retrouvé à Poggibonsi. Manque de pot, le club a eu des problèmes d’argent.

Êtes-vous surpris de le retrouver en 3e division au Luxembourg?

Je suis surtout surpris que la métropole l’est laissé filer. Alors oui, il a 33 ans mais il faut se rendre compte que c’est un garçon qui n’a pas joué au haut niveau depuis trois ou quatre saisons. En fait, il a les veines d’un joueur de 28 ans.

Mais sa venue s’explique aussi par l’idée d’une éventuelle reconversion…

C’est vrai? Alors c’est bien, il suit les conseils de papa Mosca! Ça fait longtemps que je lui dis qu’il est important pour un joueur de préparer sa sortie. Je vois que c’est quelqu’un de raisonnable.

Vous le verriez dans quel domaine?

Je crois qu’il m’a parlé d’organiser des stages avec les enfants. C’est une bonne idée. D’ailleurs, s’il a besoin d’un coup de main, je viendrai avec grand plaisir. Il peut compter sur moi. Je me ferai un plaisir de revenir à Esch!

Revenir?

Oui, l’un de mes premier matches avec l’équipe pro de Montpellier, je l’ai disputé contre la Jeunesse. À la Frontière, c’est bien ça? Je m’en souviens, c’était en 1964. On avait pris une photo devant l’hôtel de ville. Je l’ai encore chez moi.

Avec ses contacts, un tel projet n’aurait-il pas été plus simple en France?

Ça ne marche plus comme ça le football. Le conseil gratuit n’existe plus. Aujourd’hui, c’est du donnant-donnant. Pour preuve, Bertrand je ne l’ai pas proposé une fois mais cent fois sans réussir à lui trouver un club pro en France. Un exemple concret : il y a quelques années, je l’ai proposé à un club tout juste relégué en National. L’entraîneur, que j’avais moi-même formé, me dit : « Si c’est toi qui me le conseille, je le prends! » Finalement, le président était en cheville avec un agent qui était en train de lui livrer quatre joueurs dont un défenseur central moins bon que Bertrand. Mais l’agent a menacé : « Si vous ne me prenez pas le défenseur, je ne vous en donne aucun. » Et Bertrand n’a pas été pris pour ça. C’est malheureux mais c’est comme ça. C’est représentatif du football d’aujourd’hui. Pour ce qui est de Bertrand, il a toute mon estime et mon amitié.

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